Bon, je suis sensé refaire une intro en bleu avec des jolis liens rouges, mais vous connaissez déjà le principe. Nous sommes en été. Qui dit été dit saga de l'été. Qui dit saga de l'été dit Tipierre et les loup garous (Enfin, qui dit saga de l'été ne dit pas forcément ça, mais fallait que je trouve un lien). Bref, si vous tenez à tout relire, le début est , , , (Sur l'air de votre choix). Et tout de suite, la suite.

En l'espace de seulement 4 jours, le Village avait déjà perdu plus de la moitié de ses habitants. D'un point de vue objectif, on pouvait dire que la situation était plutôt préoccupantes. Les villageois aurait plutôt employé un autre adjectif, plus proche de "alarmant" ou "épouvantable" que de "fâcheux"... Toujours est-il que la cinquième nuit depuis les évènements s'apprêtait à tomber, et que les villageois ne se sentaient plus tellement rassurés. Comme la veille, l'ordre a été donné de barricader l'ensemble des chaumières, mais la production en planche de la ville venait d'être épuisé. L'exécution il y a deux jours du charpentier du Village n'était pas pour arranger les choses. Cette nuit, pour barricader, ça sera plutôt bureau, bibliothèque ou table de jardin.

Dans l'agitation des préparatifs de la nuit, la sorcière du village semblait paisible. Elle avait une sorte de bon pressentiment, savait qu'elle serait encore en vie demain matin. Par contre, elle connaissait déjà l'identité du cadavre que l'on retrouverait le lendemain matin, et se dirigeait d'un pas lent mais assuré vers la maison de l'intéressé. Quelques coups de poignets bien placés sur la porte résonnèrent dans la chaumière, qui ne tarda pas à s'ouvrir sur une personnage ressemblant pas mal au bûcheron du Village. D'ailleurs, c'était lui. Après les salutations d'usage, la sorcière parla de la potion qu'elle avait préparé spécialement la nuit précédente ; elle expliqua qu'il existait finalement une autre recette pour faire une potion de vie, qu'elle voulait lui donner pour le remercier d'avoir coupé le bois, que le goût de cette nouvelle potion était meilleur que la précédente, et tout un tas d'arguments convaincants. Le bûcheron, en bon coupeur de bois qu'il est, n'hésita pas une seconde, et avala d'un trait la potion que la sorcière venait de lui offrir.

Sans surprise, la nuit tomba ce soir là. Sans surprise non plus, deux loup garous se réunirent sur la colline dominant le Village. Sans surprise, tous les innocents villageois s'endormirent sans raison précise dans un sommeil de plomb, comme les jours précédents. La seule surprise résidant dans la petite fille du bûcheron, qui refusait d'aller se coucher. Irrésistiblement attiré depuis la veille vers la fenêtre donnant sur le village, elle n'avait plus sommeil mais cherchait plutôt à connaître l'identité des loup garous rôdant les nuits de pleine lune, et les autres. Pendant ce temps là, à l'étage, son père commençait à suffoquer dans l'indifférence générale. Quelques minutes plus tard, il ne suffoquait plus.

Les loups garous étaient maintenant dans la rue principale, à se demander l'identité de leur repas de ce soir. De l'extérieur, on aurait pu croire à un échange de grognements primaires plutôt décousus, tant le langage des loup garous est différent de celui que l'on peut connaître habituellement dans la Village, mais en prenant la peine de s'y intéresser, on comprend parfaitement que la discussion des deux loups garous est hautement plus évoluées :
- J'ai faim !
- J'ai faim !
- T'as faim ?
- J'ai faim !
A la suite de cet échange, les deux loup partirent dans deux directions opposées. Quand le premier remarqua que son compagnon n'était pas parti du même côté que lui, il fit demi-tour pour le retrouver. Ils se retrouvèrent alors devant la maison du chasseur. Aussi malin soient-ils la journée, les villageois à l'état de loup garou ne sont pas des plus malins, et décidèrent que l'occupant de la maison sera leur repas de la nuit. L'odeur de viande fraîche émanant du vieux chasseurs roupillent tranquillement dans son lit excitait le flair des deux loups, qui ne perdirent pas de temps avant de détruire la fenêtre, seulement protégée d'une simple table de jardin qu'il avait emprunté à son voisin mort trois jours plus tôt.

La petite fille guettait à la fenêtre de sa chambre les moindres faits et gestes des deux loups dans la maison du voisin d'en face. Elle se demandait comment, avec tant de bruit, personne ne se réveillait pour voir se qu'il se passait. Postée sur son bureau pour mieux distinguer les particularités physiques des deux loups trahissant leur identité le jour, la petite fille essayait tout de même de bien se cacher derrière son rideau. Depuis la maison d'en face, les deux loups regardait de tous les côtés afin de trouver le chemin menant à la chambre, quand le regard du loup et de la petite fille se croisèrent. Aussitôt, la petite fille disparu de sa fenêtre pour se cacher, persuadée qu'elle avait été vue. Téméraire, elle retourna quelques secondes plus tard à sa fenêtre pour voir ce que les les loups garous faisaient dans la maison d'en face. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle s'aperçu que la maison d'en face était de nouveau calme. La dernière chose qu'elle entendit ensuite, c'était les bris de verres au rez-de-chaussée et la destruction de la porte de sa chambre, qui ressemblait plus à une annexe de la boucherie quand les loups repartirent...

Le lendemain matin, les rues semblaient tranquilles. Cinq villageois se réveillèrent vivant, étonné que la nuit ne leur fut pas synonyme de mort. Les lève-tôt se ruèrent à l'extérieur pour chercher d'éventuels traces de cadavres, les autres attendirent. Aucune traces de sang dans la grand rue, seules les maisons du chasseur et du bûcheron avaient été dévastées. Quand le chasseur sorti vivant de chez lui, les autres villageois accoururent dans la demeure du bûcheron, d'habitude si paisible. Ce n'était pas seulement un corps mutilé qui fut retrouvé - le corps d'une fillette de douze ans, la seule du Village - mais également celui de son père, qui dormait d'un sommeil éternel dans ce qui était son lit de mort.

Les villageois restant formèrent une fois n'est pas coutume pour désigner qui il fallait exclure. Cherchant à faire diversion l'homme d'église expliqua qu'il était d'accord pour être celui qui allait être exécuté en cette matinée. A son étonnement, aucun des autre villageois ne le contredit, et termina sa matinée au milieu d'un feu de joie. Joie des autres villageois dansant autour des flammes lorsque, dans un dernier râle, le visage d'un loup apparu en lieu et place de celui du curé. Seul l'un des villageois gardait l'air désemparé, se demandant comment il avait pu être aussi stupide en demandant à être martyr...

A suivre...